PAR CHRISTIAN SEGUIN, paru le Samedi 21 avril 2018

Article paru dans Sud Ouest

 

ANGLET(64) Dora Zee a entrepris de faire interdire le trafic, la torture
et la consommation des chiens et chats au Vietnam. Hanoï la suit

Dora Zee et Séraphin. La détermination à refuser une réalité nauséeuse. PHOTO CH.S ©

 

Si elle décidait de planter de la vigne sur les terrasses du Pic du midi, il est probable que les vignerons la suivraient. Dora Zee ne se déplace pas sans son magnétisme, une ferveur, un regard qui la prédisposent à convaincre les statues. Elle a une intuition qui voit loin. À Biarritz, dans sa galerie-boutique, elle vend des bijoux qu’elle dessine et fabrique avec les pierres trouvées autour du monde. Dans d’autres vies, elle enseignait l’anglais à Paris, travaillait dans un cabinet d’avocats à New York ou pratiquait le journalisme chez Bloomberg, à Londres.

Puisqu’elle a échoué à devenir fée, comme elle l’avait imaginé enfant, afin d’éradiquer les atrocités qui nous agressent, elle suit son cœur, où loge notamment le règne animal, le chat surtout. On parle ici d’une sensibilité profonde, pas de sensiblerie. La nausée la submerge en 2015 quand elle découvre l’existence du festival de Yulin, dans le sud de la Chine, où se perpétue un invraisemblable massacre d’animaux à consommer, pour saluer le solstice d’été. C’est ici qu’elle engage le combat en contactant John Dalley, le fondateur de « Soi Dog », une fondation britannique installée en Thaïlande, qui sauve les chiens des commerces illégaux et les soigne. Très vite, elle cible le Vietnam, où elle rencontre Nguyên Duc Chung, le président du comité populaire de l’agglomération. Elle lui montre la liste des 350 restaurants qui servent de la viande de chien et chat.

Le maire, sur une planète interconnectée, n’ignore rien des ravages causés à la carte postale par ces pratiques barbares, dans un pays en pleine croissance. Et il y a péril. Le commerce annuel déréglementé de 10 millions d’animaux non-vaccinés, génère un trafic intérieur et transfrontalier sans documents sanitaires, au milieu d’une rage endémique. Mais plutôt que d’asséner la morale, Dora lui propose de restaurer la réputation de sa ville, d’engager des actions éducatives et des campagnes auprès de la population, voire d’interroger les croyances.Ne diton pas que le chien sacrifié revirilise le pauvre homme ? Elle lui offre même d’engager en parallèle une réflexion sur la santé, le vin ou le tourisme. Monsieur Nguyên Duc Chung adhère. Il demande au service de l’agriculture de travailler avec son association, Instinct de vies, chargée de protéger chiens et chats, en promouvant la santé publique.

Déclarée à la préfecture de Bayonne, celle-ci regroupe deux juristes, deux avocats et deux médecins. La présidente revient au Vietnam en novembre collecter des informations sur la rage et signer une convention stipulant que sa structure et l’Institut national d’hygiène et de coopération font cause commune. Instinct de vies suggère d’accroître les compétences des vétérinaires vietnamiens, de monter un dispensaire, de lancer une offensive médiatique et de valoriser le lien entre l’homme et l’animal. Elle table sur le développement intensif des animaux de compagnie, un business collectif de substitution, sans mort ni torture.

Il lui faut des contacts avec les fabricants de nourriture pour développer ce marché nouveau et surtout des vétérinaires (1). Le projet s’enracine. Elle repart en juin avec une amie sophrologue caycédienne, Marie Grandaty. Le département de santé animale lui propose d’ouvrir en son sein un centre de protection des populations canines et félines. La voici actrice d’une révolution culturelle. On lui avait dit qu’elle lançait un défi bien trop grand pour sa seule personne. Elle imagine aujourd’hui qu’elle vivra, d’ici à cinq ans, l’interdiction de détruire, violenter et manger des chiens et des chats. C’est l’histoire d’une femme qui marche, attelée à ses rêves, la future grande dame d’Hanoï.

 

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